Publication dans l'American Journal of Pharmaceutical Education
📢Notre lettre à l’éditeur vient d’être publiée dans l’American Journal of Pharmaceutical Education📢
👉Response to “Prevalence of Student Pharmacists With Neurodivergent Conditions in a School of Pharmacy”
🔎Avec Thiébaut-Noël Willig, Françoise Joseph, Laurie Sürig, Erica Fongaro, Stéphanie Iannuzzi et Diane Purper-Ouakil, nous y discutons l’interprétation des estimations très élevées de “conditions neurodivergentes” rapportées chez des étudiants en pharmacie🔎
👉L’enjeu n’est évidemment pas de minorer l’expérience des étudiants, ni de contester l’importance de leurs besoins d’accompagnement. Au contraire, ces données sont très utiles pour penser des environnements de formation plus inclusifs, plus accessibles et moins stigmatisants.
Mais elles posent une question essentielle : que mesure-t-on exactement lorsque l’on interroge des étudiants sur la neurodivergence ?
Dans la lettre, nous proposons de distinguer quatre notions souvent confondues 👇
1️⃣ La neurodiversité
Elle désigne la variation naturelle du fonctionnement neurocognitif humain au niveau de la population. Ce n’est pas un diagnostic, ni une catégorie de personnes. C’est un cadre conceptuel et éthique qui rappelle que les environnements éducatifs ne doivent pas être organisés uniquement autour d’une norme neurotypique étroite.
2️⃣ La neurodivergence
Elle renvoie à des profils cognitifs, sensoriels, attentionnels, communicatifs ou émotionnels qui s’écartent de manière significative des normes sociales ou éducatives dominantes. Elle peut inclure des troubles neurodéveloppementaux diagnostiqués, mais aussi des conditions psychiatriques ou sensorielles, ou une identification communautaire sans diagnostic formel.
3️⃣ La neuroatypicalité
Cette notion permet de décrire des traits ou profils mesurables qui diffèrent du fonctionnement habituel, sans atteindre nécessairement les seuils diagnostiques. Difficultés exécutives, sensibilité sensorielle, particularités attentionnelles ou sociales peuvent exister sur un continuum, sans correspondre automatiquement à un trouble clinique catégoriel.
4️⃣ L’autodiagnostic et l’auto-identification
Ces démarches peuvent être importantes pour la compréhension de soi, la recherche de soutien et l’accès à des aménagements. Elles ne doivent pas être disqualifiées. Mais elles ne sont pas équivalentes à un diagnostic clinique, qui suppose une évaluation développementale, fonctionnelle, différentielle et, si nécessaire, des comorbidités.
Cette distinction est particulièrement importante pour les estimations de prévalence. Une enquête destinée à améliorer l’inclusion peut légitimement recueillir les diagnostics formels, les diagnostics suspectés, l’auto-identification et les besoins fonctionnels. Mais ces données ne doivent pas être interprétées comme une mesure directe de la prévalence épidémiologique des troubles neurodéveloppementaux diagnostiqués.
👉Nous proposons donc un cadre de lecture en trois niveaux pour les futures études :
🔹 troubles neurodéveloppementaux formellement diagnostiqués ;
🔹 conditions suspectées ou auto-identifiées ;
🔹 traits neuroatypiques et besoins fonctionnels dans l’environnement de formation.
Cette approche permet de maintenir une perspective neurodiversité-affirmative tout en évitant les surinterprétations épidémiologiques.
📕Au fond, le message principal est simple 👉 les données d’auto-identification sont précieuses pour transformer les environnements de formation. Elles doivent toutefois être interprétées avec rigueur si l’on veut articuler inclusion, accès équitable au diagnostic, accompagnements pédagogiques et politiques de santé fondées sur des données valides.
👉Voir l'article ici : https://authors.elsevier.com/a/1nZ22gtctwHl